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Spéléo supersize à Oman

Cavité géante au Sultanat d’Oman, descente vertigineuse au salon des esprits, le Majilis Al Jins.

De profonds canyons en verdoyants wadi en passant par les sables du désert, Oman est en passe de devenir une destination phare pour le tourisme d’aventure, et les agences de trek ont déjà largement investi le terrain. L’escalade n’est pas en reste et les ouvertures s’enchaînent, inspirées par le fameux French Pillard au Jebel Misht ouvert en 1979 par une équipe française. Mais si ce petit pays du Golfe Persique offre le meilleur de son climat désertique, il n’en fut pas toujours ainsi. A travers les âges, Oman a connu une pluviométrie abondante et la tectonique chahuta la petite plaque arabique. Les grandes accumulations sédimentaires qui la recouvrent, soulevées et fracturées, recèlent quelques perles spéléologiques. Parmis elles, Majilis Al Jins, la huitième plus vaste cavité mondiale, découverte en 1983 par le géologue Don Davidson alors qu’il étudiait les ressources en eaux du Sultanat. Ce n’est qu’en 2002 qu’une expédition couverte par National Geographic Magazine permettra à cette immense grotte d’être connue par un plus large public.

Alors que je travaillais comme “trekking guide” pour la saison dans ce pays envoûtant, j’ai eu l’occasion de descendre à mon tour dans le “salon des esprits”, récit : “La cavité de Majilis est plus qu’une simple grotte, c’est tout simplement le huitième plus gros trou d’emmental de la planète ! Située dans les entrailles du plateau de Selma, dans l’Hajar oriental, dominant le petit village de Fins, c’est déjà une petite aventure que de s’y rendre. La piste qui monte là est l’une des pires que je connaisse à Oman, mais pour nous c’est un peu devenu la routine... Partis dans l’après midi de la capitale, Mascat, nous bivouaquons sur le plateau afin de pouvoir profiter de toute la journée du lendemain pour notre exploration. Une bonne nuit suivie d’un bon petit dejeuner et toute notre équipe (Rob, Justin, Sasha, Mark, Jen, Olivier et moi) se rend non loin de là, au bord d’un des trois trous qui percent le gigantesque plafond. Nous emprunterons la "letterbox", la plus petite ouverture, débouchant au plus haut de la voûte : un rappel de 195 m dont 170 m en "fil d’araignée", une fois passé le plafond ! Justin et Rob installent les trois lignes de rappel pendant que nous nous équipons. Je suis le premier à descendre, Justin restant au fractionnement juste au dessus du plafond pour vérifier que chacun fait bien la bonne manip de corde. C’est donc boîtier en bandoulière que je me laisse glisser lentement dans le sombre conduit vertical de la "letterbox". Arrivé dans la pénombre, je découvre soudain le fond de la cavité, très lumineux, loin, très loin en bas ! Je me vache au relais et change mon descendeur de corde. Enfin, la très longue et vertigineuse descente commence vraiment. Rapidement, je passe la voûte et je peux enfin tenter de mesurer l’ampleur de la cavité au sein de laquelle je me glisse. C’est tellement grand que je manque de repères, je vois à peine les cordes arriver au sol. Pendu, minuscule, au bout de ma corde qui ne semble n’être plus qu’un fil, je fais quelques poses dans ma descente pour prendre quelques clichés et admirer. Et puis enfin…, le sol. J’atterris dans une zone caillouteuse, au milieu de quelques cadavres et squelettes de chèvres, ainsi que des morceaux de vêtements féminins. Les bergers qui habitent l’aride plateau sont très superstitieux et la croyance veut que la cavité soit le domicile d’esprits (les fameux Jins). Ils ont du faire quelques offrandes, je ne crois pas que ces chèvres, si habiles, soient tombées d’elles même ici-bas. Une fois débarrassé de ma corde, je relève les yeux et savoure l’incroyable spectacle qui s’offre à moi. Je déploie mon trépied et je pars à la recherche de bons points de vue pour shooter la descente de mes compagnons. Par endroits le sol est couvert d’une épaisse couche de poussière ocre, s’accumulant lentement ici après avoir été soufflée par les vents du plateau. Encore quelques instants et je vois Mark descendre, puis Sasha et enfin Olivier, Jen et Justin. Nous passerons ainsi pratiquement trois heures au fond, passant tour à tour du rôle de photographe à celui de “taupe model”. Premier en bas, dernier à remonter. Justin veux que je m’assure que mes compagnons aient correctement raccordé leur équipement de remontée. A mon tour, je pompe sur la corde, qui du long de ses 200m n’a plus rien de statique et je quitte bientôt le sol, pour rejoindre à la poignée jumard le reste de l’équipe, déjà au soleil. Entre ma descente et le moment où je commence à remonter, le temps a glissé, et les quelques buiscuits au fond de mon estomac ne recellent plus guère de réserve énergétique… au bout de 50m, j’ai le souffle court, les bras farcis et le plafond me semble loin, loin, infiniment loin tout là-haut. Se raisonner, se rationnaliser, allez dix mouvements, hop ! Encore dix, hop !... Allez, cinq c’est déjà bien, allez… allez trois, c’est toujours ça… A ce rythme, c’est à peine si le plafond ne recule pas… Justin, au relais, m’encourage. Soudain, un bruit de chute de pierre. Justin change de registre et jure des fuck qui n’ont plus rien d’encourageant, quoique la peur soit un très bon stimulant ! Je suis à mi-chemin, une pierre tombe au dessus de moi et je n’ai aucune possibilité de me sauver. Je mets instinctivement les bras sur mon casque, en espérant que la pierre aura la bonne idée de ne pas me percuter. Le bruit siffle tout près, je sens le mouvement d’air…puis c’est le grand fracas, en bas !! Ouf !!!! Faut pas que je traîne là, et l’adrénaline aidant, je trouve encore un peu de jus pour m’extirper de ce trou ! Soulagé je suis d’arriver dans le vertigineux mais d’un coup rassurant boyau de la letterbox, puis de déboucher enfin au soleil, avec les autres, fourbu mais vivant.

© sylvain dussans


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